Les Pasteurs Devraient-ils Etre Sédentarisés? - Groupe de Coordination des Zones Arides

Les Pasteurs Devraient-ils Etre Sédentarisés?


Le principal objectif de l’étude sera d’examiner dans quelle mesure la sédentarisation des pasteurs aura eu un impact significatif sur les conditions de vie et la sécurité alimentaire des sédentaires.


Le pastoralisme et l’agro-pastoralisme comme moyens d’existence soutiennent 12 à 13% de la population éthiopienne. Cela représente 62% de la superficie du pays et 25 à 30% du cheptel provient de ces zones (Beruk, 2005). Le secteur de l’élevage contribue 18,8% du PIB total et plus de 47% du PIB agricole (Behnke and Metaferia, 2010). Dernièrement, les pasteurs en Ethiopie et ailleurs ont été confrontés à d’énormes défis dans leur mode d’existence. Ils ont été confrontés au risque concomitant naturel de sécheresse; les risques idiosyncratiques de maladie humaine et de maladie animale, qui peuvent se transformer en risque covariant en cas d’épidémie; le risque social de conflits violents en raison de la rareté grandissante de ressources, qui peuvent se transformer en risques de conflits internes.   Cela veut dire que les pasteurs ont été confrontés à la fois aux risques politiques de marginalisation et au risque environnemental de dégradation des pâturages. Ceci mène à la diminution de la production animale et de la productivité qui est le principal mode de vie de ces communautés. En raison de ces facteurs, le gouvernement éthiopien a mis au point des stratégies pour permettre aux pasteurs de se sédentariser volontairement. Les rapports du gouvernement et d’autres études démontrent que les pasteurs ont commencé à diversifier leurs activités par la production céréalière, le petit commerce, les emplois salariés, les envois d’argent, la production de bois de chauffe et de charbon, et la collecte d’encens. Les rapports gouvernementaux font ressortir également une amélioration des conditions de vie de ceux qui ont diversifié leurs revenus.

Bien que la sédentarisation des pasteurs par le gouvernement soit une longue histoire (par exemple 1925-1941 en Iran) dans une tentative destinée à atténuer les problèmes d’insécurité alimentaire, de livraison de services, et d’intégration nationale, il s’en est suivi un succès limité. La sédentarisation de pasteurs s’est produite aussi rapidement partout en Afrique de l’Est (FAO 2001). D’après la même source, à travers le monde, quand bien même la majorité des pasteurs des principales zones restent engagés dans un mode de vie nomade, un nombre considérable de pasteurs dans beaucoup de régions restent toujours engagés dans un mode de vie nomade, un nombre considérable de pasteurs se sont installés près des villes ou sur des fermes pour adopter d’autres modes de vie qui comportent l’agriculture,  l’agro-pastoralisme, le commerce ou la main-d’œuvre rémunérée.

Il existe des points de vue divergents sur la question de savoir si les pasteurs devraient être sédentarisés ou non. Ceux qui préconisent la sédentarisation maintiennent que les pasteurs devraient être sédentarisés pour plusieurs raisons, tant par réaction aux « exigences » de l’économie pastorale qu’ aux « exigences » de la vie urbaine et agricole. Par exemple, la tribu Kereyu dans la vallée centrale du Rift en Ethiopie a perdu des terres de pâturages en raison de l’accroissement  des populations agricoles et pastorales, la privatisation des terres pour en faire des fermes commerciales et des ranches, et l’expansion de parcs nationaux d’animaux sauvages, et les habitants de cette tribu ont par conséquent été obligés de se sédentariser. Dans le sud et le nord-est d’Ethiopie plus aride et moins densément peuplé, un grand nombre de familles pastorales se sont sédentarisées en réponse au stress environnemental de la sécheresse et de la famine combiné à la violence politique des raids d’animaux et des conflits ethniques (Catley and Eyasu, 2010).

D’après la FAO (2001), quel que soit l’avenir du pastoralisme, sa forme actuelle a évolué sous la pression d’influences très distinctes au vingtième siècle, rendant un retour à l’âge d’or  impossible.  Ces facteurs sont, entre autres : la médecine vétérinaire moderne, le contrôle d’armements modernes, la pression internationale pour l’hygiène dans l’abattage et l’industrie laitière, le déclin du prestige des produits laitiers, le marché mondial de produits laitiers, l’interférence idéologique de l’Etat, les appels de divers ordres pour la main-d’œuvre pastorale, les infrastructures de transport modernes, l’introduction de soins d’urgence à fortes quantités d’intrants, et à fortes quantités d’extrants, les programmes de réhabilitation et de  restoration du sol, le lobby de conservation et l’empiètement sur les prairies.

Certaines études ont trouvé que la sédentarisation des pasteurs comporte aussi des conséquences négatives. Par exemple, une étude réalisée par Fratkin et al (2006) a trouvé que bien que la sédentarisation permette l’accès à une plus large base de ressources économiques  qui peut atténuer la conséquence de l’insécurité alimentaire et permettre l’accès à des conditions de vie périodiques , il n’a pas été démontré que l’abandon du mode de vie pastoral soit bénéfique pour la santé et le bien-être des populations pastorales. Leur étude sur l’effet de sédentarisation sur la nutrition des enfants, leur croissance, et leur santé a fait ressortir d’importantes différences dans les modes de croissance et de morbidité des enfants nomades comparativement aux enfants sédentarisés.  En particulier, les mesures de taille et de poids par rapport à l’âge pour la communauté pastorale nomade sont considérablement plus importantes que les mêmes mesures d’enfants du même âge de villages sédentaires. Les femmes aussi bien que les hommes ont tous affiché des taux élevés de morbidité respiratoire et de diarrhée dans les communautés sédentaires comparativement aux communautés nomades, bien que les taux de paludisme fussent moins élevés de façon uniforme au sein es communautés nomades comparativement aux communautés sédentaires.  

En plus, une étude menée par Kejela et al. (2006) a trouvé que les agro-pastoralistes sont plus pauvres que les communautés pastorales pures peuvent l’être parce que l’agriculture a été adoptée pour résoudre les problèmes d’insécurité alimentaire provoqués par la réduction de la taille du cheptel. En plus, une étude menée par  Boku et Gufu (2010) a également trouvé peu de preuves que les communautés Borana sont devenues auto-suffisantes  dans le domaine de la production céréalière. En ce qui concerne les facteurs motivant les éleveurs à pratiquer des cultures, ils ont démontré que c’est non seulement la pauvreté mais aussi le manque de main-d’œuvre, le manque de traction animale suffisante, et le caractère sporadique des pluies sont également les forces motrices.

Abebech (2011) soutient que l’élevage chez les communautés pastorales dépend de la disponibilité d’eau et de pâturage et que la protection de l’environnement constitue une importante composante de leur système de connaissances indigènes et de système traditionnel de gouvernance. Elle soutient aussi que l’adoption d’une politique de ‘modernisation’ et de ‘développement’ des régions pastorales avait échoué avec les deux précédents régimes avec des méga projets financés par la Banque Mondiale pour ‘développer’ et ‘moderniser’ les régions pastorales de l’Ogaden, les régions adjacentes de l’Afar et de Borana. Elles ont échoué principalement parce qu’elles ont été lancées pour ‘développer et moderniser’ et ‘changer’ le système de vie pastoral, parce que ces projets ont tous été prévus sans tenir compte du sujet, à savoir la communauté pastorale.    

En plus, certains soutiennent que le développement pastoral doit et devrait commencer avec peu d’appui aux pasteurs en l’occurrence la mise en place de mécanismes de marché, l’introduction d’écoles et de cliniques mobiles. Une tentative consistant à pousser les pasteurs à se sédentariser d’abord avant de leur fournir un service quelconque est un exercice futile.

Abebech (2011) soutient qu’étant donné que l’Ethiopie occupe le deuxième rang en Afrique de par sa taille de son cheptel, mais inconnue du point de vue de la production céréalière, pourquoi le gouvernement n’oblige-t-il pas les pasteurs à se déplacer vers le secteur non productif au lieu de les soutenir? Ne vaut-il pas mieux de commencer l’ensemble du processus d’accumulation de capitaux avec les avoirs dont nous disposons, à savoir les animaux? Une étude menée par le WISP (2007) dans cinq pays africains a abouti à la conclusion que le système de production animale pastorale peut contribuer considérablement aux économies nationales. Un des moyens les plus probables par lesquels le développement pastoral peut contribuer à l’économie nationale est qu’il crée de l’espace pour d’autres industries potentielles liées à la production animale telles que les usines de transformation de viande, l’emballage et la transformation de produits laitiers, les tanneries et même l’exportation d’animaux sur pied. Le gouvernement aussi bien que le secteur privé pourraient compter sur ces activités économiques si l’on veut donner au développement pastoral une chance d’émerger avec l’adoption de la politique qu’il faut.

Cela a également été l’objet de réflexion lors du 7è séminaire international de réseautage du GCOZA tenu  à Addis Abeba du 11 au 16 octobre 2010. Il y a eu des débats animés entre les participants à cet atelier sur la question de savoir si oui ou non le pastoralisme est un moyen viable étant donné l’avancée de la désertification provoquée par le changement climatique mondial et les catastrophes provoquées par l’homme. Le débat consistait à déterminer si oui ou non le pastoralisme est un moyen viable d’existence ou s’il faut diversifier le portefeuille afin de relever les défis qui ont été posés en raison des calamités naturelles et celles causées par l’homme. Les partisans du pastoralisme soutiennent que le pastoralisme est un mode de vie viable s’il est géré comme il faut. Ils soutiennent aussi que même en cas de besoin, on devrait le laisser aux pasteurs eux-mêmes. D’autres soutiennent qu’étant donné les scénarios actuels dans ces zones  -pluviométrie irrégulière, désertification avancée, dégradation des forêts et des terres et pâturages limités- ils mettent l’accent sur l’importance de la sédentarisation des pasteurs. L’atelier n’a pas pu aboutir à un consensus sans problème sur cette question. La principale raison du désaccord réside dans l’absence d’étude empirique pour soutenir la thèse de l’un ou l’autre des deux groupes. Par conséquent, les deux groupes se sont mis d’accord sur la nécessité d’une étude empirique approfondie sur la question de savoir si oui ou non la sédentarisation est la meilleure stratégie d’existence pour les pasteurs. Cette étude est lancée pour combler ce vide de recherche.

Le principal objectif de l’étude sera d’examiner dans quelle mesure la sédentarisation des pasteurs a un impact significatif sur les conditions de vie et la sécurité alimentaire des sédentaires.

Les objectifs spécifiques de l’étude sont les suivants:

  1. Décrire les caractéristiques socio-économiques et institutionnelles des ménages expérimentaux et des ménages témoins;  
  2. Comparer les groupes expérimentaux et les groupes témoins en termes de différentes variables socio-économiques, démographiques et institutionnelles;  
  3. Identifier les facteurs qui affectent la sédentarisation et les variables de résultats (dépenses de consommation, statut nutritionnel, dépenses de santé et d’éducation et charge de travail des femmes);  
  4. Mesurer l’impact de la sédentarisation sur les conditions de vie et la sécurité alimentaire des ménages expérimentaux;  
  5. Chercher à savoir si oui ou non la sédentarisation a des effets dissuasifs, mesurés en termes de réduction de la participation dans la gestion de l’élevage ou les pâturages ; et
  6. Suggérer des ressources durables qui pourraient harmoniser les stratégies d’existence et la gestion des ressources naturelles, tout en tenant compte des stratégies de réduction de la pauvreté.

Les résultats escomptés de l’étude sont les suivants:

  • Sources de sédentarisation de base et démonstration de leurs pratiques de gestion d’autres pays; 
  • Identification des principaux facteurs socio-économiques et démographiques occasionnant la sédentarisation dans le pays;
  • Expérimentation des impacts de la sédentarisation selon le genre;
  • Expérimentation de mécanismes de communauté de collaboration et d’efforts de l’état en vue d’améliorer l’impact de la sédentarisation ;  
  • Etablissement de système de gestion et de suivi d’information avec les données pertinentes sur la sédentarisation ;
  • Exploration de possibilités d’établissement de processus nationaux et de mécanismes institutionnels pour planifier stratégiquement et gérer la sédentarisation de façon intégrée et efficiente;
  • Les questions de politique générale soutenues par des preuves empiriques sont produites et préconisées pour une mise en œuvre appropriée ;
  • Proposition de questions de recherche futures dans la zone.