Améliorer l’Adaptation au Changement Climatique à travers l’Agriculture de Conservation en Ethiopie - Groupe de Coordination des Zones Arides

Améliorer l’Adaptation au Changement Climatique à travers l’Agriculture de Conservation en Ethiopie


Le but de ce projet est d’introduire et expérimenter l’agriculture de conservation dans les conditions de cultures en zones arides dans les régions d’Amhara, du Tigray et d’Oromiya en impliquant les paysans intéressés afin de jeter les bases pour l’adoption et la dissémination de meilleures pratiques d’AC et œuvrer à la réalisation de la sécurité alimentaire parmi les communautés rurales pratiquant l’agriculture de subsistance dans toutes les trois régions.


Le problème d’insécurité alimentaire s’ est accentué encore plus au cours des dernières années avec la menace posée par les nouvelles tendances, telles que le changement climatique, la rareté de l’eau et des pluies, aussi bien que les écosystèmes et la dégradation de la biodiversité. En Afrique Sub-saharienne, la plupart des communautés rurales souffrent dans une misère noire, cependant les systèmes agricoles qui font l’objet de promotion là comportent des coûts environnementaux, économiques et sociaux trop élevés. Près de 80% de la population des pays d’Afrique sub-saharienne vit en milieu rural et 70% de cette population rurale dépend directement de l’agriculture pour son existence. C’est donc par rapport à ce scénario et à ces statistiques que les paysans ruraux doivent en conséquence adopter les pratiques agricoles qui conservent des sols fragile et améliorent leur fertilité pour améliorer la production céréalière dans les régions pluvieuses marginales.

Le climat éthiopien est très variable, et devrait devenir plus variable encore en raison du changement climatique, avec le potentiel d’une fréquence accrue de phénomènes météorologiques. Depuis les années 1970, l’ampleur, la fréquence, et les impacts des sécheresses sont devenus plus marqués et la sécheresse est devenue le risque climatique le plus significatif et le plus récurrent touchant le pays.  L’eau est une ressource spécifiquement fragile avec l’augmentation prévue de la fréquence et de l’intensité des sécheresses. La résolution du changement climatique à long terme est donc requise pour réduire les impacts sur les conditions de vie et soutenir les secteurs économiques majeurs tels que l’agriculture, qui est le pilier sur lequel repose le pays.

La vulnérabilité des risques climatiques et l’insécurité alimentaire sont étroitement liées à la dégradation des terres. Environ 85% de la superficie des terres en Ethiopie est considérée exposée à la dégradation et à l’érosion modérée ou sévère des sols. Dans les Montagnes, ces problèmes réduisent la durabilité de la production agricole, rendant difficile ainsi aux populations rurales de satisfaire leurs besoins élémentaires. Le labourage répété pour réaliser de bonnes couches de semis en utilisant le “maresha”,  l’élimination quasi totale des résidus de cultures après la récolte et l’application insuffisante de fumier sont des facteurs majeurs à l’origine de la dégradation des sols en Ethiopie. Le labour a été utilisé pendant longtemps par les paysans pour ameublir le sol, préparer les couches de semis, et contrôler les mauvaises herbes. Toutefois, les résultats de cette pratique ne sont pas tous positifs ; on a découvert que les opérations de labour provoquent au fil du temps un déclin de la fertilité du sol et de la productivité d’ensemble résultant de la détérioration des propriétés physiques, chimiques et biologiques des sols.   

Parmi les solutions proposées pour atténuer l’impact du changement climatique se trouve l’adaptation aux sécheresses à travers des méthodes d’agriculture durable. Les pratiques d’agriculture de conservation (AC) promettent de fournir à la fois une stratégie d’atténuation du changement climatique et aussi de servir de mécanisme d’adaptation au changement climatique. L’AC est en cours de promotion comme panacée aux défis liés à la production auxquels sont confrontées les petites familles paysannes particulièrement en Afrique sub-saharienne.

En AC les cultures sont faites en utilisant le Labour de Conservation (LC) et on inclut des légumineuses dans la rotation avec d’autres cultures. Les légumineuses fixent l’azote, améliorent la fertilité du sol, accroissent les rendements céréaliers et fournissent des protéines à la famille. Le LC comporte la semence, la culture et la récolte de produits agricoles sans trop déranger la surface du sol à travers l’usage du labour minimum, le labour en paillis, le labour en sillons, ou zéro-labour. En plus, l’AC est un système qui assure la promotion d’une application équilibrée d’intrants chimiques (seulement ce qu’il faut pour améliorer la qualité du sol et assurer une production agricole et animale saine), et la gestion prudente des résidus et déchets organiques. Les pratiques d’AC mettent l’accent sur l’usage maximum des ressources en eau disponibles à travers les semences précoces et à temps, la protection du sol à travers la fertilisation de plantes de végétation basse, et la gestion de bassins hydrographiques. Cela réduit la dépendance à long terme vis-à-vis des intrants externes, améliore la gestion environnementale, et améliore la qualité de l’eau et l’efficacité de l’usage de l’eau. La réduction du labour mène à une diminution des intrants humains, à la fois en termes de temps et d’effort. L’agriculture de conservation vise à renverser une tendance tenace dans un grand nombre de systèmes de production de réduction de la capacité d’infiltration des sols en raison de la  compression et de la formation de croûtes et de la capacité de retenue de l’eau en raison de l’oxydation de matériaux organiques (en raison du remuement excessif du sol). Sous cet angle, le labour de conservation est une forme de collecte d’eau dans laquelle le ruissellement est arrêté et l’eau du sol est conserve dans la zone de la racine de la culture. Cela signifie que le labour de conservation constitue une approche très intéressante pour obtenir des améliorations dans la productivité de l’eau et les augmentations de “culture par goutte”, et contribue ainsi au retournement des impacts du changement climatique.  

Différentes études menées dans plusieurs pays ont indiqué que l’AC contribue à l’accroissement du rendement céréalier. Une étude menée en Australie a démontré que l’AC assure des rendements plus fiables que lorsqu’il s’agit du labour conventionnel. Une étude kenyane a indiqué que les rendements céréaliers de maïs variaient entre un minimum de 0,9 t/ha pour le labour conventionnel (témoin) en période de pluies courtes en 2002 et un maximum de 4,3t/ha en moyenne dans les cas d’utilisation de machine de scarification + traitement à l’engrais dans les situations de longues pluies. Le rendement moyen le plus élevé par saison de 2,5 t/ha a été atteint avec la scarification combinée avec l’engrais comparativement à la pratique de labour conventionnelle qui donne 2,0 t/ha.  

L’AC, dans sa manifestation actuelle, a été introduite il y a de cela trois décennies et est actuellement pratiquée sur plus de cent millions d’hectares de terres dans plus de cinquante pays à travers le monde. Au Zimbabwe, il y a eu une augmentation de 230% sur la terre sur laquelle l’AC était pratiquée entre les saisons 2004/5 et 2005/6, et l’AC a permis des rendements plus élevés pour le maïs, le sorgho, le soja et le niébé. En Zambie, les paysans pratiquant l’AC produisaient environ 100% plus de maïs et 60% plus de coton à l’hectare, comparativement aux paysans pratiquant le labour à la charrue tirée par le bœuf. L’AC avec des scarificateurs tirés par des bœufs a aussi le potentiel de dépasser le labour conventionnel à la charrue tirée par le bœuf, fournissant des rendements plus élevés au labour de haute saison et à la terre. L’AC est particulièrement plus bénéfique pour les paysans avec un accès limité au labour à la charrue tirée par le bœuf. Les scarificateurs, que l’on appelle souvent des retourneurs de sol, permettent parfois d’opérer à un niveau plus profond que le Maresha, la différence atteignant parfois 5-10 cm.    

L’AC a permis d’avoir des rendements améliorés de tef et de maïs en Ethiopie. Le labour + les sillons + engrais ont permis l’amélioration des rendements céréaliers de 40% comparativement à la pratique conventionnelle (en utilisant le Maresha et pas d’engrais. Aussi les pratiques d’AC en utilisant les « rippers » avec des charrues avec des ailes et de l’engrais a permis des rendements considérablement plus élevés comparativement aux pratiques conventionnelles. Les pratiques agricoles combinées de conservation (« le labour en sillons », « le sous-solage » et le labour réduit avec le maresha et le labour à l’aile) avec de l’engrais a permis d’obtenir un rendement céréalier de tef équivalent à près de deux fois celui de la méthode conventionnelle d’utilisation de Maresha sans engrais. On a également indiqué que les pratiques d’agriculture de conservation sans engrais ajouté augmentaient les rendements céréaliers de 20 – 50% pour le ‘ripping’ labour à l’aile et ‘scarificateur + labour en sillons’ comparativement au labour sans engrais en utilisant le maresha. Néanmoins, l’AC est une méthode de production rarement pratiquée en Ethiopie.   

L’adoption de l’AC en Ethiopie permettrait aux paysans d’avoir des rendements céréaliers améliorés et d’autres avantages économiques associés et contribuerait aussi à la gestion durable des ressources terrestres du pays. En plus, l’environnement politique dans le pays est favorable à la promotion de l’AC dans la mesure où le gouvernement vient d’élaborer une stratégie nationale pour les pratiques de Gestion Durable des Terres dans laquelle l’AC occupe une place importante. En dépit d’un tel cadre politique viable, l’exécution pratique de l’AC sur le terrain ne s’est pas encore concrétisée. La promotion de l’AC dans ce projet devrait, on l’espère, permettre de secouer l’impasse actuelle en transformant la politique de GDT en action et en facilitant les conditions d’une plus grande implication du gouvernement dans la concrétisation de sa propre politique à long terme. Par conséquent, l’adoption de l’AC, qui vise à conserver le sol et la terre par l’utilisation de la couverture de surface (paillis) pour minimiser le ruissellement et l’érosion et améliorer les conditions d’établissement et de croissance des plantes pourrait minimiser l’impact du changement climatique et de la dégradation des terres en Ethiopie.

L’agriculture de conservation est une méthode culturale rarement pratiquée en Ethiopie. Grâce à l’intervention du projet, les paysans apprendront à améliorer la productivité de leurs terres à travers l’application de l’AC. Ainsi, grâce à l’adoption de l’AC, on améliorera la fertilité du sol, on réduira l’érosion du sol, on réduira au minimum la dégradation de la structure du sol, on améliorera la productivité de l’eau de pluie et on améliorera au bout du compte la productivité de la terre, ce qui permettra une amélioration de la production céréalière; on réalisera la sécurité alimentaire et la gestion durable de l’environnement.

Principal Objectif:
Amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans les zones arides et atténuation des effets du changement climatique à travers l’adoption de méthodes de gestion durable du sol et de l’eau qui permettent une amélioration de la productivité des sols des zones arides par l’amélioration de la structure physique du sol, l’accroissement de la productivité de l’eau, et la promotion de la germination rapide et du développement optimal de la population végétale.

Sous-objectifs:

  1. Améliorer la productivité des sols des zones arides par l’utilisation de méthodes de gestion durable de la fertilité du sol permettant d’améliorer la fertilité du sol, la disponibilité de nutriments végétaux, et l’efficacité de l’usage de nutriments (inclusion de légumes dans le système cultural, l’application d’engrais organiques, l’usage de méthodes d’application d’engrais qui améliorent sa disponibilité pour les plantes, et le paillage du sol).
  2. améliorer la structure du sol et la productivité de l’eau de pluie pour créer les conditions favorable de croissance des cultures à travers une perturbation minimale du sol et le paillage du sol.  
  3. Améliorer la nutrition humaine à travers l’inclusion de légumes dans le système cultural
  4. Minimiser le risque de pertes de récoltes à travers le maintien d’une densité de plantes optimal et la promotion rapide de la germination des semences.
  5. améliorer l’usage sans risque et l’application d’engrais et de semences par l’usage d’outils et de méthodes convenables
  6. réduire au minimum la dépendance envers la production agricole basée sur le labour à la charrue
  7. dissémination et passage à l’échelle des meilleures pratiques d’AC dans des régions similaires dans le pays et
  8. déterminer la contribution de l’AC dans la réduction de l’émission de GES

L’AC sera expérimentée dans trois endroits en Ethiopie: Mekhoni dans le Tigray, la région de la vallée du rift de la région d’Oromiya, et la région de l’Armacheho dans l’Amahara; l’AC sera pratiquée pendant trois saisons consécutives.

L’AC sera conçue en suivant une approche participative avec l’implication de paysans participants. Au moins 35% des exploitations participantes auront des ménages dirigés par des femmes.

Tous les systèmes d’AC seront comparés à la pratique locale actuelle (labour conventionnel) et combinés avec et sans engrais en vue de permettre l’analyse de synergies entre le labour et la fertilisation sur les rendements.

Tous les essais seront gérés par les paysans alors que les données seront collectées par des superviseurs affectés à chaque emplacement.

Chaque année, les rendements obtenus seront analyses et évalués au cours d’ateliers conjoints réunissant les paysans et les chercheurs en utilisant un cadre d’apprentissage itératif.

  • Les paysans seront formés en agriculture de conservation et le taux d’adoption des méthodes d’AC augmentera dans chacune des régions
  • Inclusion des meilleures méthodes d’AC en politique de gestion agricole et des terres dans chaque région
  • Les ménages parmi les paysans participants auront une plus grande disponibilité alimentaire résultant d’améliorations de rendements céréaliers et d’accès à une nutrition améliorée.
  • Accroissement progressif des rendements céréaliers et réduction des émissions de GES résultant d’un accroissement de l’accumulation de matière organique du sol